AmauryFrancois.com : Transat 650 2011 en Pogo 2
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le 08 octobre 2010 à 11h36

Journal de bord - Mini Empuries

Chers amis,

Bien rentrés de notre course, beaucoup ont pû lire un premier récit sur Voiles et Voilers. Voici à présent notre journal de bord.. Bonne lecture!

**

Le départ de la Mini Empuries sera donné en fin de matinée. Cette course du circuit Mini6.50 se joue dans les eaux espagnoles. Départ de l'Escala, descente vers les Baléares, où il nous faudra passer en laissant Minorque à tribord, avant de contourner les îles pour remonter plein Nord vers L'Escala, qui sera aussi le port d'arrivée. Au total, ce seront un peu plus de 300 milles nautiques que nous aurons à parcourir. Sur cette épreuve nous serons 2: Amaury François et Capucine Trochet formerons un tandem tout en rose sur le 697, Groupe Qualitel, le Pogo 2 à bord duquel Amaury a déjà fait plus de 20 000 milles en course.

La surprenante Méditerranée ne semble pas avoir l'intention de nous épargner. Il est huit heure, ce matin, et nous faisons un dernier point météo avec notre entraîneur. Les fichiers annoncent un début de course assez sportif, au portant, avec 30 kts établis. Un rapide petit-déjeuner avec d'autres amis et concurrents et nous voilà prêts. Le bateau est en config, nous larguons les amarres, Mini Empuries, nous voilà.


Départ rockn'roll.
À peine sortis du Port, nous comprenons que la Méditerranée a décidé de ne pas rigoler pour ce départ espagnol. Ce sera GV un ris. Début de procédure, la mer n'est pas encore formée par le vent fort naissant. Les cirés sont enfilés, il faut maintenant trouver le bon placement, ça fourmille sur la zone. Nous sommes dans la minute quand un manque à virer nous fait toucher un concurrent Allemand. Pas de dommages à déplorer, mais ce petit coup de pression augmente le rythme cardiaque du bord (en tout cas celui de l'équipière.. !). Pas le temps pour les états d'âme, «allez, il faut se remettre dans la course » a dit Captain'Amaury, et on se remet dedans.
Avant de nous extirper pour de bon, il faut encore aller chercher la bouée mouillée dans la baie. En tête de flotte, Sébastien Rogues et Matthieu Souben ne voient pas cette bouée jaune. Derrière, de nombreux minis suivent aveuglément le proto leader. Et c'est tant mieux. Nous virons et reprenons alors notre avantage sur ce départ qui semblait compliqué. Le mini espagnol d'Hugo Ramon passe la bouée en tête, et nous recalons avec la tête de flotte. Les spis sont hissés, à nous la vitesse, les surfs et le large.

La mer est maintenant bien formée. Malformée a-t-on envie de préciser, dans cette houle très creusée mais très courte qui rend la navigation assez difficile. Sous spi maxi, nous tenons des moyennes assez sympathiques, à 15 nœuds GPS et des pointes à 16. Nous déboulons en trombe dans le paquet de tête. Du bonheur. Amaury est descendu matosser, en se déplaçant, le bateau réagit, et Capucine se fait surprendre. Dans la famille «gros vrac », je voudrais le « départ au lof ». Bah voilà, on l'a eu ! Le bateau se couche violemment. Tout est choqué, (mais pas nous). Quelques coups de barre pour reprendre le contrôle et nous voilà repartis, toujours aussi rapides, dans la bonne direction. Chariot et écoute de GV dans les mains, nous évitons les récidives. Deux ou trois petits vracs histoire de, mais moins violemment. Heureusement, on voit les quelques minis aux alentours, partir eux aussi dans de jolies figures de style (de vracs).

De belles heures à surfer sous spi. Capucine à la barre, Amaury aux écoutes. On se fait vraiment plaisir. Et puis le soleil descend sur l'horizon, tous les éléments jouent la même partition. Il n'y a pas grand chose à dire, là c'est absolument magnifique. La houle tente de faire rouler un peu le bateau, mais l'ivresse du large commence a nous saisir. Difficile de décrire avec des mots ou de montrer avec la caméra ce bien être présent. Il fait bon, et l'air frais a déjà coloré nos joues, bref, tout va bien à bord de Qualitel !

 

Allez, Madame Drisse, tenez bon !
50 premiers milles parcourus et évoluons toujours en tête de flotte, à une vitesse de 12-13 nœuds. Déjà bien étalés sur le plan d'eau, nous sommes encore à vue de quelques minis. De loin ça doit ressembler un peu à une course de chevaux de bois dans une foire populaire. Tous en ligne, on avance en se bagarrant quelques longueurs. La houle est de plus en plus formée, et nous avons pris le rythme. Et puis soudain, le spi lâche, flotte dans l'air avant de rapidement se poser sur l'eau. Amaury libère l'amure, ramasse le spi dans le cockpit. La drisse est coupée à quelques centimètres du nœud. Nous voilà sous GV un ris et sans spi. Sympa. Faut-il préciser que là, les autres ne nous attendent pas. Amaury tente une réparation, bricole comme il peut, utilisant la garcette qui file le long du mât pour renvoyer le spi en tête. Il renvoie la toile. Ça aura tenu peut-être une minute. Bon. Sympa. La poulie située en tête de mât lâche, c'est terminé, plus de drisse en tête et donc pour le moment, pas moyen d'envoyer de spi. Un peu dépités, nous comprenons qu'il sera compliqué de rester devant. Nous marchons à 9 nœuds. Le soleil se couche, et nous ne renonçons pas à trouver l'idée qui nous fera gagner quelques points de vitesse. Il y a encore trop de vent pour lâcher le ris de la GV, alors nous décidons d'envoyer le code 5, un spi de brise, qui nous permet de gagner deux nœuds. Nous passerons la nuit sous cette configuration d'appoint, et progressons vers Minorque. La nuit se passe bien mais le vent mollit au fil des heures.

Il ne fait pas encore tout à fait jour, et le vent semble s'être envolé avec la nuit. Il est peut-être 5 heures du matin et nous voilà dans la pétole. Les frontales vissées sur nos têtes, nous libérerons le ris pris dans GV et pouvons donc nous atteler à la mise en pratique de l'idée lumineuse d'Amaury. Dès la GV affalée, Amaury fixe un œil sur têtière de grand-voile, et passe la drisse en extérieur du mât. Nous hissons de nouveau (rien de tel pour se dégourdir les bras de bon matin !). Grâce à ce petit élément, nous arrivons à envoyer le spi maxi en tête. « Yes ! ça tient ! » Grande satisfaction. Amaury avait connu ces mêmes soucis lors de sa dernière course vers les Açores, bis répetita placent, la manip marche. Nous progressons péniblement en tribord. Le soleil se lève (mais pas le vent).


 

À l'approche de Minorque.
Approche longue, longue longue.. Le vent est aussi instable que faible et nous oblige à enchaîner quelques manoeuvres. Le soleil chauffe et nous avons pu retirer nos cirés et nos bottes. A une dizaine de milles de l'île, le vent affiche une beau zéro tout rond. Fichu vent de Mediterranée. Un ou deux minis à vue seulement, mais impossible de savoir où nous en sommes après cette nuit compliquée. Et là, il nous faut décider de la nav. Nous avançons (quand nous ne reculons pas faute de vent !) en angle droit vers le milieu de Minorque, alors la question est : faut-il aller à terre chercher un possible vent ou faut-il faire route directe vers en restant au large ? Nous passons un petit moment à observer ce qui nous entoure. Au-dessus de l'île, quelques nuages de dessins animés stagnent vers l'Ouest ce qui pourrait signifier la naissance du thermique. Plus dans l'Ouest, un voilier longe la côte, sous Gennaker... il n'a pas l'air d'avancer rapidement, il semble même collé. Pas le temps de délibérer, voilà le vent qui revient. Il passe de 0 à 16 nœuds en quelques minutes ! A ne plus rien comprendre, alors vite, on manœuvre, et regagnons de la vitesse, au près, en tribord et en route directe vers la pointe. Effets d'îles assez fous. Enfin, nous avançons et c'est une bonne chose. A ce niveau là de l'île, les falaises abruptes sont spectaculaires. L'endroit est bien joli, bien que cela ait été un peu la lutte pour passer la pointe de S'Espero.

Punta S'Espero passée !
Bien heureux d'avoir désormais ce drôle de phare planté au creux des falaises dans notre tableau arrière, nous évoluons toujours au près, vers le passage obligatoire de la course. Mais ce petit couloir d'eau que nous devons emprunter, entre Minorque et l'île Aire , où un voilier pointeur est mouillé, n'a pas l'air très accueillant. Une petite distance à parcourir, mais attention, le passage se mérite et n'aura rien eu d'évident. Du refus encore et toujours ! Du grand n'importe quoi, nous n'avons pas d'autres choix que de tirer des bords carrés pour enfin approcher le fameux passage. Par VHF, nous prenons contact pour annoncer notre approche. Amaury est à la barre, nous nous regardons en attendant la réponse à ma question vhf « combien de bateaux sont passés ? ». Le verdict nous fait grimacer : déjà 9 bateaux passés ! Coup dur, nous payons cher nos problèmes de drisses !

 

 



L'île d'Aire.
L'« île du vent », est superbe, toute fine parcelle de terre dans une eau turquoise, donnerait presque l'envie de s'octroyer une petite pause plongée. A cause de ses rayures blanches et noires, et bien que plus élancé, je m'amuse à comparer ce joli phare à la tourelle des Trois Pierres, de la rade de Lorient, du coup on se console comme on peut « Pas la peine de s'arrêter, on a le même à la maison ! ». Au près dans cette eau de rêve, profonde d'à peine 6 mètres, notre beau Groupe Qualitel tout rose a fière allure ! Cela nous fait accepter un peu mieux notre pointage d'Aire.

Restons dans le match. Aire est passé, reste un long, long bord de près pour contourner Minorque. Mais nous avançons alors c'est du bonheur. Le soleil est brûlant, et l'air pas assez frais pour nous rafraîchir, le pilote barre pour nous, et nous nous reposons un peu, puisque le vent semble un peu plus stable. Nous longeons la côte, en bâbord. Cette côte semble assez préservée. De jolies habitations, mais surtout de belles falaises blanches. Un cargo passe, sans pour autant gêner notre trajectoire. Ca fait un peu d'animation. La journée s'achève paisiblement, toujours sur le même bord. Discussions bien agréables, nous faisons chauffer un peu d'eau, que nous versons dans nos sachets lyophilisés. Dîner vue sur mer, à la lumière de nos frontales, ce plat chaud nous fait du bien, ce sera le seul de notre périple. Nous avons envoyé le code 5, ce qui nous fait gagner en vitesse et aussi permis de revenir sur les copains de devant. Nous dépassons des feux, recollons un peu avec ceux de devant. Enfin, on imagine.
Encore quelques milles pour passer le Cap d'Artrutx, au Sud Ouest de Minorque. La nuit est belle, la lune éclaire un peu la mer, l'ombre du bateau dessinée par la lune sur l'eau est un spectacle sans pareil à terre. Instant de grande sérénité. Pour la première fois, nous mettons un peu de musique. Tout va bien à bord.

Cap d'Artrutx passé en début de nuit, nous sommes heureux de changer de waypoint sur le GPS, car ce nouveau point est celui de l'arrivée ! Le vent mollit et nous tentons de gagner un peu vers le Nord. Capricieuse nuit sans vent. Par tranches de sommeil nous arrivons à assurer une veille convenable, la minuterie sonne toutes les 40 minutes. La nuit se passe bien mais lentement, et le constat est un peu rageant à l'aube : seulement 5 milles nautiques parcourus.

Cap au Nord.
Les voiles claquent. Il n'y a plus de vent ce matin. La bôme tape, passe d'une bastaque à l'autre, comme un métronome qui rythmerait notre lente progression. Cap au Nord, l'étrave regarde pourtant le Sud ! Rien n'y fait, nous faisons des tours sur nous même et nous n'avons plus de voiliers à vue. Ou sont-ils passés, nos petits copains minis? Allez, Eole, un peu de clémence ! Reviens souffler dans nos voiles !

Le ciel est gris aujourd'hui lundi pour cette dernière journée de mer. Choix tactiques, nous tentons de gérer au mieux les oscillations du vent. Nos manœuvres sont propres, c'est déjà ça. Tiens, nous revoilà au portant ! Merci Eole ! Pas mécontents de voir que le spi tient en tête, toujours en appui sur la têtière de GV, nous ne perdons pas l'espoir de regagner un peu de vitesse sous ce bord portant. Et ce matin nous avalons copieusement 20 milles, pile sur la route. Nous avançons à 7 nœuds. Que du bonheur.

 

 



Passager clandestin
Oh, un calamar ! c'est la découverte du matin. Le pauvre a dû s'échouer sur le pont, certainement aidé par une vague lors de la cavalcade du premier soir, et le voilà tout séché près d'un chandelier ! Le pauvre a une tête toute lyophilisée. Désolée, petite bête, mais nous n'avons pas besoin de toi à bord, alors ce sera un retour à l'eau pour ce clandestin grand comme une main. Alors pas de « Calamares a la plancha » pour nous, nous ouvrons une petite conserve de rillettes Hennaff. Une valeur sure pour fêter notre beau jibe !

Orages
Il est environ 17h quand le ciel se met à devenir gris foncé, voire noir par endroit. On enfile les cirés, nous voilà cernés par les nuages. Orages, éclairs, même pas peur ! Phénomènes surprises de Méditerranée, bonjour, nous sommes prêts ! Et si nous arrivons à éviter la pluie qui tombe en trombes sous les nuages voisins, nous gagnons en vitesse, et surfons à 13-14 nœuds. Capucine prend beaucoup de plaisir à barrer car la mer est assez plate encore, et le bateau file. Amaury se tient prêt à agir, surveille attentivement la réparation de la drisse, car là, on le sait, si ça doit casser, c'est maintenant. (..mais ça aura tenu, applaudissements dans la salle s'il vous plaît).

La riposte de la drisse de Génois.
La nuit tombe, le vent mollit et nous nous ne sommes plus qu'à 60 milles de l'arrivée. Les lumières de la côte semblent encore lointaines. Les manœuvres s'enchaînent à bord de Groupe Qualitel, et les changements de voile se succèdent. Jamais deux sans trois, nouveau problème de drisse ! C'est le génois qui, à peine envoyé vient de s'affaler sans permission sur le pont. Après 250 milles de course.. va comprendre. Encore une perte de temps, mais tout rentre vite dans l'ordre. Spi, pas spi, pas une variation d'intensité de vent ne sera ignorée. Et ce dernier s'essouffle, la nuit sera sans vent. Définitivement, en Med, ce sera tout ou rien. Rapide coup d'œil sur la carte, nous ne sommes plus très loin.

Le coup de pouce du ciel nous aura aidé, cet après-midi à revenir un peu. Nous sommes à vue de deux feux de minis. L'un d'entre eux est suffisamment proche pour que nous puissions entendre parfaitement ses winches rouler lors des virements. Mais pourquoi virent-ils ainsi ? Alors là, c'est curieux, ils se trompent de baie ! Aucun doute, ils ont mis le cligno trop tôt, ou alors peut-être tentent-ils une périlleuse avancée par l'intérieur du petit archipel de rochers plantés entre les deux baies. Quoi qu'il en soit, nous nous gardons bien de les contacter, et poursuivons laborieusement par l'extérieur des rochers de l'île Medes. Devant nous, le proto des belges, n'est plus qu'à quelques mètres de notre étrave.

Une longue nuit
Les derniers milles de la course semblent interminables. Lecture à voix haute du GPS, on fait le décompte, mille après mille, comme pour se persuader que la fin est de plus en plus proche. Les lumières sur la côte forment un joli tapis de braises. La fatigue, le large, nous sommes dans un état un peu particulier. Les odeurs de la terre, des pinèdes arrivent à notre bord, portés par le peu d'air. On s'approche.
Nous n'avançons plus. Nous passons la nuit entière à tenter d'entrer dans la baie. Nous tentons de nous annoncer sur la ligne, mais à cause d'un problème VHF, nous ne savons si nous sommes reçus. Hormis cet échange au passage d'aire avec le pointeur, nous n'aurons parlé à aucun bateau sur la totalité de l'épreuve, coupés du monde pendant 300 milles en mer.

 

 



Un coup de projecteur de pont sur la Grand-Voile, à la barre, Capucine est super fière d'éclairer notre numéro 697 dans cette nuit noire. Encore deux ou trois virements de bord. il est 6h11 et nous passons la ligne d'arrivée dans les petits airs de la nuit.

Le bateau est amarré au quai de L'Escala, en silence. Personne n'est là. Mettre un pied à terre nous plonge dans un léger état d'amertume. C'est étrange : nous étions pressés d'arriver et nous voilà presque amers. Le tandem belge, arrivé quelques minutes avant nous, nous propose de partager une boîte de sardines mais ça ne nous tente pas trop là. Estomacs un peu serrés, nous discutons un peu avant de regagner notre mini rose amarré. Ambiance étrange vraiment, amère, presque mélancolique. Difficile à expliquer. Pressés d'arrivés, déjà tristes d'être arrivés. Pas de logique.

Arrivés à 3h du premier, nous terminons 8ème au classement général série après jury. Une course de 300 milles en double sur une mer Méditerranée surprenante qui ne nous aura rien épargnée.. mais qui aura été belle, tout simplement belle.

Merci à tous pour votre suivi & soutien, et à bientôt pour de nouvelles aventures,
Amaury et Capucine

 

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